Histoire des yoles de Bantry et de La Fée des Marais

Un peu d’Histoire …

L’Expédition d’Irlande (1796) (Source Wikipédia)

L’expédition d’Irlande de 1796 est une tentative avortée d’invasion de l’Irlande par la République française durant les guerres de la Révolution française. Celle-ci avait pour but d’assister la Société des Irlandais unis, une organisation républicaine révolutionnaire, dans leur tentative de rébellion contre le pouvoir britannique. L’objectif des Français est de débarquer une grande force expéditionnaire en Irlande durant l’hiver 1796-1797 qui se joindrait aux Irlandais unis et chasserait les Britanniques hors d’Irlande. Cela permettrait d’infliger un coup dur au moral et au prestige de la monarchie britannique, et d’affaiblir sa puissance militaire. Cette expédition est également conçue comme pouvant être la première étape d’une éventuelle invasion de la Grande-Bretagne elle-même. À cette fin, le Directoire rassemble une force d’environ 15 000 soldats à Brest sous les ordres du général Lazare Hoche à la fin de 1796, en vue d’un débarquement majeur dans la baie de Bantry en décembre de cette année.

L’opération est lancée durant l’un des hivers les plus tempétueux du XVIIIe siècle, avec une flotte française non préparée pour de telles conditions et qui a reçu des ordres confus lors de son départ. Les frégates de patrouille britanniques observent le départ des forces françaises et alertent la flotte de la Manche dont l’essentiel s’est abrité au Spithead pour se protéger de ce temps exécrable. Un des navires français fait rapidement naufrage avec de lourdes pertes tandis que le reste de la flotte se disperse. La plus grande part de la flotte atteint tout de même la baie de Bantry à la fin décembre mais sans les commandants, à bord de navires qui ont été déroutés.

Malgré cette proximité avec les côtes irlandaises, tout débarquement amphibie est impossible en raison des conditions météorologiques, les pires enregistrées depuis 1708. Après une semaine, la flotte s’éparpille et la majorité des navires engage alors le chemin de retour vers Brest à travers les tempêtes, le brouillard et les patrouilles britanniques. Les conditions exécrables de navigation sont les principales responsables de l’échec de cette opération. Les Britanniques sont d’ailleurs incapables d’intervenir vraiment contre les forces françaises. Quelques navires britanniques opérant depuis Cork capturent tout de même des navires de guerre et de transport français isolés. La seule réponse significative vient du capitaine Sir Edward Pellew qui fait échouer le navire de ligne “Droits de l’Homme“ au cours d’une bataille qui commença le 13 janvier 1797 et qui verra également l’une des deux frégates britanniques s’échouer. Au total, les Français perdent 12 navires, capturés ou naufragés, en enregistrant des prisonniers de guerre ainsi que la mort de plus de 2 000 soldats et marins. Les marines des deux camps sont critiquées par leur gouvernement respectif pour leur comportement durant la campagne. Les Français sont cependant encouragés à lancer une seconde expédition en 1798, débarquant cette fois-ci avec succès 1 000 hommes mais dont les forces seront finalement battues.

La chaloupe de l’Amiral NIELLY – Historique de la  » yole de Bantry » (source : Le Chasse marée)

La calamiteuse expédition de 1796

En décembre 1796, le Directoire donne ordre au général Hoche de dépêcher une armée navale pour soutenir les patriotes irlandais en lutte contre l’Angleterre. La flotte française est en mauvais état, mal entretenue, avec des officiers décimés par la Révolution ou exilés et des équipages dispersés. Pour compléter des équipages largement inexpérimentés et sans entraînement, il faudra recruter 700 galériens pour armer la flotte. Partie de Brest, l’expédition comprend quinze navires, dont “La Fraternité“, navire amiral portant la marque de l’amiral Morard de Galles, “L’Immortalité“, commandé par le vice-amiral Bouvet de Précourt, et “La Résolue“, commandée par le Capitaine de vaisseau Montalan.“La Résolue“ a été lancée à Saint-Malo en 1777 par l’ingénieur constructeur Guignace. C’est une frégate de 134 pieds de long sur 34,6 de large, armée de vingt-six canons de 12, six canons de 6 et quatre caronades de 36. Outre son équipage, “La Résolue“ embarque 144 hommes de troupe appartenant au 8e régiment d’artillerie. Elle fait partie de l’arrière-garde de l’escadre, qui comporte cinq vaisseaux, quatre frégates, une corvette et six flûtes. Cette division est placée sous les ordres du contre-amiral Nielly, qui embarque lui-même sur “La Résolue“, où il arbore sa marque : un guidon rouge hissé en tête du grand mât.

Conformément à l’usage de l’époque, l’amiral Nielly a fait embarquer sur “La Résolue“ sa chaloupe personnelle, embarcation plus légère, plus fine et plus rapide que les canots réglementaires. Cette chaloupe est armée par la fine fleur de l’équipage. L’expédition appareille de Brest dans le plus grand désordre. Ignorant que le navire amiral a modifié sa route, “Le Séduisant“, vaisseau de 74 canons, fait route au sud, en compagnie de “La Résolue“ et essuie près de l’île de Sein un coup de vent qui le drosse sur l’îlot Tévénec. Cinq cents hommes seulement seront sauvés sur les mille cinq cents qui se trouvaient à bord… La flotte est dispersée.

Peinture de la Frégate “La Résolue“

Une mission difficile

Laissés à eux-mêmes, les commandants décachettent les instructions : cap sur la pointe de Mizen Head, en Irlande. Le 21 décembre, la tempête se lève alors que la flotte a pu se rassembler à l’embouchure de la baie de Bantry. Elle durera deux jours. Tout débarquement est impossible. Deux vaisseaux, dont “La Surveillante“, seront perdus. “Le Redoutable“ entre en collision avec “La Résolue“ qui perd beaupré, misaine, grand mât de hune et artimon. Nielly décide d’envoyer un canot demander une remorque à “L’Immortalité“ au mouillage à vingt miles de là. Pour cette mission risquée, il choisit de faire mettre à l’eau sa chaloupe, armée par les meilleurs marins du bord et commandés par le lieutenant Proteau, originaire de l’Ile de Groix.
Bataillant contre la tempête, sous voilure au bas ris, la chaloupe réussit à gagner au vent. Toutefois, parvenue à quelques encablures de “L’Immortalité“, la tempête redouble et la chaloupe est drossée à terre et doit faire côte près de la pointe Est de l’île de Bere (Ceann Oilean), sur une petite anse sableuse qui porte le nom de Clough Beach, mais que la tradition nomme encore aujourd’hui Tra na bhFrancach, c’est à dire “la plage aux français“.

La bataille navale de la baie de Bantry en 1796

De la prison à la renaissance.

L’équipage est fait prisonnier. Et, tandis que l’expédition regagne piteusement Brest, y compris “La Résolue“ qui a réussi à se sauver sous gréement de fortune, la chaloupe de l’amiral Nielly est récupérée par Richard White, chef des milices garde-côtes anglaises, qui la fait transporter dans sa propriété, à Seafield Park, où elle sera parfaitement conservée pendant 150 ans comme un trophée familial.
En 1944, l’embarcation est remise au Musée National d’Irlande et, mal entretenue, y tombe dans l’oubli.
En 1977, un architecte passionné, Cyril Chisholm, en fait un premier relevé.
Redécouverte par le Chasse-Marée en 1985, celui-ci la propose comme modèle à Lance Lee de l’Apprentice Shop de Rockport (Maine,USA), qui cherchait une embarcation emblématique pour organiser une manifestation maritime en l’honneur du centenaire de la Statue de la Liberté.

Elle devient “la yole de Bantry“. C’est ainsi que furent reconstruites des copies de la “yole de Bantry“ aux USA et en France, puis par la suite en Irlande, Angleterre, Canada, Danemark, Indonésie, etc… et qu’est né l’Atlantic Challenge, puis le Défi Jeunes Marins.
La chaloupe originale de la frégate “La Résolue“, désormais sauvée, est aujourd’hui l’élément central des expositions du National Maritime Museum de Dublin, dans l’ancienne chapelle des mariniers de Dun Laoghaire, l’avant port de Dublin. Elle a fait l’objet, récemment, d’une longue et minutieuse restauration muséale. Elle est le plus ancien bateau de construction française encore existant en bon état.

La “Yole de Bantry“ ou “yole 1796“.

La yole a une longueur de 11,64 m, une largeur de 2,05 m et un tirant d’eau de 0,79 m. Elle arme dix avirons en pointe. Aucun élément du gréement d’origine n’ayant survécu, sauf les emplantures de mât, un plan de voilure avec trois voiles au tiers pour une surface totale de 44 m2, dérivé des gréements d’embarcations de la même époque, a été dessiné par l’architecte François Vivier. Deux séries de plans ont été dressés qui sont la propriété de l’Atlantic Challenge et du Chasse-Marée et qui servent à la construction des yoles de Bantry actuelles.

Yole ou chaloupe ? Une question de terminologie maritime.

C’est parce que la coque a été conservée dans un musée en Irlande et que la série moderne a été relancée par un anglo-saxon, Lance Lee, que le terme “yole“ s’est imposé. Il suffit de rechercher l’étymologie du mot ‘yole’ pour reconnaître que ce nom féminin vient du danois jolle et du néerlandais jol et désigne à l’origine “une embarcation légère et allongée, d’un faible tirant d’eau, propulsée généralement à l’aviron“. Donc l’origine anglo-saxonne du terme est évidente mais la spécificité “voile-aviron“ douteuse. S’agissant de l’embarcation de l’amiral Nielly, embarqué sur “La Résolue“ en 1796, ce type d’embarcation porte un nom traditionnellement utilisé dans la marine, encore aujourd’hui, il s’agit de “chaloupe“, lequel désigne la plus grande embarcation mue à la voile et/ou à l’aviron embarquée sur un navire, à ne pas confondre avec le “canot“, qui est un terme générique mais appliqué aux navires de la marine en bois, désigne au contraire l’embarcation de la plus petite taille. Le terme de “canot major“ désigne l’embarcation particulièrement utilisée pour effectuer les mouvements d’embarquement et de débarquement des officiers d’un navire, alors que l’embarcation portant l’amiral s’appelle la “chaloupe amirale“. La yole de Bantry devrait donc être appelée “chaloupe amirale“ et non “yole“. (source: Eric de Wolbock)

Les Yoles de Bantry aujourd’hui et la Fée des Marais

Grâce à l’impulsion du Chasse-Marée et de l’Atlantic Challenge, plus de 70 yoles de Bantry naviguent aujourd’hui en France et dans le monde. Le projet “Défi Jeunes Marins 2000“, initié par la revue « Le Chasse-Marée » et concernant la construction de Yoles et la dynamique qui l’entoure, a reçu un écho très favorable à l’échelle du pays de Redon.

La FARPV – Fédération d’Animation Rurale des Pays de Vilaine – en accord avec la volonté affichée par « Le Chasse-Marée » de transmettre le savoir-faire et la valorisation du patrimoine en s’adressant aux jeunes travaille depuis plus de 25 ans avec les jeunes à l’échelle du pays. La FARPV va donc entreprendre entre novembre 99 et juillet 99 la construction de 5 yoles au total. Deux sortes de yoles vont être construites :

  • 1 yole de Bantry qui est une réplique du plus vieux bateau français retrouvé en 1796 en Irlande après le naufrage de la résolue en baie de Bantry. Ce bateau est une yole de mer de 12 M de long armant 10 avirons et 3 mâts avec voiles au tiers.
  • 4 Yoles de Ness. Ce sont des petites yoles de 6.90 m, armant 6 avirons et 1 voile au tiers proposées en kit par les charpentiers réunis de Cancale.

Le rôle éducatif et social que peuvent jouer le “sens marin“, les “savoir-faire“ traditionnels (construction navale, voilerie, matelotage, navigation, manœuvre, connaissance historique et ethnologique) sont des facteurs et vecteurs privilégiés d’insertion professionnelle et sociale.A partir d’un support tel que la yole 1796 construite à la manière traditionnelle, avec l’aide d’un charpentier de marine, il s’agissait de permettre l’acquisition de savoirs de type généraux, techniques, professionnels et sociaux à des jeunes défavorisés pour une insertion réussie.

Il s’agit également de mettre en relation des publics d’horizons différents (jeunes en insertion, travailleurs handicapés, chômeurs longue durée), d’ouvrir le stage d’insertion sur l’extérieur par la collaboration de menuisiers et/ou charpentiers retraités bénévoles, par des rencontres avec les jeunes des communes. Ces différentes constructions trouveront une utilité collective sur le territoire en associant de nombreux partenaires aussi divers que variés. Dans cette logique d’ouverture, il sera proposé aux stagiaires de participer aux différentes animations mises en place dans le cadre du projet global.

La construction de la Yole de Bantry a démarré avec les charpentiers de l’Otarie d’Arzal au mois de novembre 99 sur la partie charpente axiale. C’est M.Alphonse DEBRAY du Musée de Batellerie qui a proposé de l’emmener à Redon avec la péniche du Musée “Le Pacifique“. Elle a été accueillie par la foule et les 20 stagiaires (jeunes, adultes et handicapés) pour le démarrage de la construction dans le cadre d’un stage de mobilisation sur un projet professionnel avec comme pédagogie “l’entreprise simulée“.

« L’entreprise simulée » est représenté par une trentaine de personnes regroupées autour de 2 statuts, celui de stagiaire (20 personnes de statuts divers rémunérés par le CNASEA en formation ANPE ) et celui d’associé (~15 personnes bénévoles). Ces trente personnes se répartissent sur 2 secteurs, un secteur secondaire relatif à la construction du bateau et un secteur tertiaire relatif à la gestion et organisation du projet.

L’Atelier de construction de la yole de Bantry se situe dans les friches d’une ancienne entreprise de machine agricole située sur le port de Redon. Dans ce local, tout reste à faire. Il faut amener de l’électricité, acheter des outils, trouver des machines, des établis, du chauffage…

Encadré par Mikaël Lesguer menuisier charpentier de marine de Douarnenez, le chantier démarre. Les 13 stagiaires coupent, rabotent, poncent la matière noble sous l’œil aguerris du professionnel et petit à petit, le chantier prend son essor.

Le secteur administratif du projet yole 1796 des pays de vilaine, est la partie névralgique du projet. Ici travaillent 7 personnes qui se gèrent et gèrent le projet par l’intermédiaire d’un directoire représentatif de l’ensemble de « l’entreprise ». Ce directoire se réuni régulièrement pour décider des orientations à prendre pour le projet.

C’est le 4 juin 1999 (2 jours avant la rando Ouest-France) que nous avons choisi pour mettre à l’eau notre yole de Bantry. Cette date n’a pas été choisie au hasard car elle nous permettait d’enchaîner les festivités avec la Rando Ouest-France le 6 juin pour laquelle nous avons prévu de remonter la vilaine de Béganne à Redon dans le cadre d’un parcours pour bateaux traditionnels.

A partir de mi-juillet 1999, toutes les yoles des pays de vilaine sont à l’eau. Maintenant va commencer la deuxième partie du projet, l’Animation autour de la navigation. Pour animer ce projet, Yann ROLLET objecteur de conscience à la FARPV va faire la transition entre la construction et la navigation. Son premier objectif : Préparer le Défi Jeunes marins 2000.

Pour en savoir plus sur les yoles de Bantry…

Pour en savoir plus sur l’Atlantique Challenge…[ANGLAIS]

La Fée des Marais au temps de la FEDE…. (Fédération d’animation rurale)